28 décembre 2006
11ième étape : Auxerre - Cesson. 135 Km. Samedi 17 Septembre 1994
11ième étape : Auxerre - Cesson. 135 Km. Samedi 17 Septembre 1994
La dernière étape, comme la première, est celle qu’il ne faut surtout pas rater.
Pour un périple réussi et une image positive récompensant l’effort, il faut une première et une dernière étape victorieuse.
Départ 08h25 Arrivée 14h50
Météo : « Pour une fois, la météo est clémente ! »
Le ciel reste dégagé et m’assure jusqu’à l’arrivée une situation stable.
Je ne trouve en effet le long du parcours aucune pluie et cela a été assez rare.
Pour une fois, la météo est clémente !
Cependant je suis obligé de lutter très souvent contre un vent fort venant de face ou de côté.
Il est présent localement sur des terrains découverts comme les plaines ou à travers champs.
La traversée des bosquets et des bois m’offre donc un peu de répit.
Physique - Performance : « une certaine fatigue, identique à la veille, est présente »
Je respecte mes vitesses moyennes et mes délais dans cette progression vers la Seine-et-Marne, mais une certaine fatigue, identique à la veille, est présente.
De plus, le vent n’arrange pas ma situation car sa puissance m’oblige à plus de résistance si bien que par moments, puis de manière un peu plus fréquente, j’éprouve une certaine envie de dormir.
D’ailleurs, entre Lorrez-le-Bocage et Nanteau-sur-Lunain, je suis pris d’une somnolence.
Mon état de résistance et mes capacités de récupération me permettent cependant de continuer au rythme que je m’étais imposé. Mais comparativement à mon Tour de France réalisé deux ans plus tôt, la fatigue est beaucoup plus nette.
Je n’ai jamais su qu’elle en était la raison exacte.
L’été 1994 a été aussi l’un des plus chauds depuis les années 60 : le nombre de sorties cyclistes de Juin à Août a chuté et mon entraînement a donc été perturbé.
Relief – paysage :
Le paysage est classique au nord de Joigny. On trouvera une alternance de champs, de bosquets et de bois sans oublier la foret de Fontainebleau par sa Route Ronde.
Malgré tout, les saveurs paysagères rencontrées dans le Massif Central, au Nord de Marseille jusqu’à Crest puis en Saône-et-Loire sont ici sans comparaison et sans égal et se font désirer.
Au-delà d’Auxerre et à mesure de l’approche vers l’Ile de France, le paysage se dessine dans de vastes plaines. Les reliefs les plus importants sont la vallée du Lunain entre Chéroy et Nanteau puis les abords de la foret de Fontainebleau à Montigny-sur-Loing.
On trouvera quelques cotes, comme celle de Saint-Julien-du-Sault, à la pente assez forte.
Les faux plats et les quelques côtes isolées ne m’impressionnent guère :
Au Nord de l’Yonne, dans la région de Chéroy, un air de déjà-vu se reconnaît.
Je suis ici dans mon périmètre d’entraînement, un terrain de jeu que je connais,
comme un grand jardin dans lequel j’ai l’habitude d’évoluer les yeux fermés.
J’ai échappé de peu à un accident à la sortie de Joigny : une voiture me double tractant une petite remorque décapotable dans laquelle sont installés un grand carton vide et une palette en bois récupérée dans les grandes surfaces.
Le véhicule est à 80 mètres devant moi et un grand coup de vent s’engouffre dans l’avenue.
Les feuilles mortes se mettent à danser, les branches d’arbres glissent sur le sol quand soudain le carton s’envole puis la palette en bois voltigeant en l’air avant de s’étaler au milieu de la chaussée à peine à 50 ou 60 mètres juste devant moi. Un peu plus et je me la prenais…
Décidemment, cet aller et retour vers Marseille a été mouvementé !
« Il était une fois un périple »
J’arrive à Cesson avant la pluie, juste 1 heure avant une terrible averse !
J’ai du mal à croire que tout cela semble se terminer aussi brusquement sitôt le vélo mis dans le garage et les affaires laissées en vrac dans l’entrée : à les regarder, on les croirait d’ailleurs posés pour un nouveau départ ! Pendant 11 jours, une habitude de vie, un rythme et des lieux à chaque fois différent, des endroits qu’il faut traverser, s’y poser puis quitter de nouveau, des paysages changeants. Il va falloir s’habituer à une vie sédentaire et ce retour à une vie normale va paraître un peu irréel pendant quelque temps.
Dans 2 jours donc, le travail m’attend : le train, le métro, le bureau, le métro, le train.
Puis,avant de travailler pleinement,raconter Cesson-Marseille à ses collègues entre deux cafés.
Toute une histoire !
Dehors, à travers le velux de ma chambre, j’aperçois le ciel se brouiller de nuages et d’une pluie battante.
Le regard un peu dans le vide,un peu conscient que tout prend fin,les souvenirs se mélangent :
le Massif Central, le prieuré de Saint-Symphorien, le souvenir lointain du premier train avant Fourchambault, le Lubéron, la berlinoise rencontrée sur le quai d’une gare un jour de pluie, la descente sans frein du mont Ventoux, les gorges de la Cèze…
Dans 2 jours, Lundi donc, je reprends le travail.
Dans 2 jours, je le sais, ce sera forcément difficile.
10ième étape : Paray-le-Monial – Clamecy - Auxerre. 170 Km Vendredi 16 Septembre 1994
10ième étape : Paray-le-Monial – Clamecy - Auxerre. 170 Km Vendredi 16 Septembre 1994
« Aujourd’hui, mon seul regret est de n’avoir jamais su ce qu’elle est devenue »
Une étape qui dès l’aube s’est réveillée sous un ciel couvert, froid et pluvieux.
Une pluie matinale constante et furieuse deux jours auparavant, une longue et belle averse à chaque fin de journée, des vêtements humides pour le lendemain, des chaussures mouillées :
Telle est donc ma situation en ce matin du 16 Septembre 1994 à 2 jours de l’arrivée !
Le ciel est gris et le plafond nuageux se trouve assez bas.
L’accueil qui m’est réservé en ouvrant les volets de ma chambre n’est pas des plus réjouissants.
Je retrouve le souvenir de mon départ de Clermont-Ferrand vers le Puy-en-Velay.
Je sens comme une mauvaise journée pour qui veut rouler…
En quittant l’hôtel, une petite bruine m’accompagne. Mais très vite s’installe une forte pluie qui en définitive ne cessera jamais. Elle se fait violence alors que je me retrouve dans les rues de Paray-Le-Monial indécis à donner une suite à ma journée.
Je suis sûr de rejoindre dans ces conditions les 170 Km de reliefs et de plaines qui me séparent de Clamecy. Et en plus mes vêtements n’ont pas entièrement séché !
Il s’agit du deuxième jour le plus mauvais.
C’est aussi le deuxième jour où je me contrains donc à devoir prendre le train.
Malgré l’absence d’activité ce jour-là, je ressens une certaine fatigue.
Elle le fait de rester 6 à 8 heures dehors, sous une météo très contrastée entre le matin et l’après-midi et des étapes aux reliefs accidentés.
Elle s’explique aussi par le fait d’avoir arrêté brutalement l’effort une journée complète alors que le corps a été habitué à des efforts constants et vigoureux plusieurs jours de suite.
L’effort physique, réalisé dans le froid, s’est donc accompagné de cette fatigue.
D’ailleurs, à certains moments, j’éprouve une certaine envie de dormir.
Il s’agit de la deuxième étape réalisée en train : la première due au vol de matériel et à la météo, la seconde, encore une fois, due aux intempéries.
Mon potentiel physique n’est pourtant pas compromis, mais tout semble l’empêcher de s’exprimer !
Dans l’immédiat de la décision, ce genre de situation offre comme une frustration,
un goût quelque peu amer malgré l’obligation certaine de ne pas pouvoir faire autrement.
Comme lors de la 3ième journée, une question revient souvent :
Me suis-je laissé tenter par la facilité ?
Pourquoi ais-je pris le train alors que j’aurais effectivement roulé si celui-ci n’avait pas existé ?
Ais-je eut des faiblesses dans cette confrontation avec les conditions naturelles ou celles-ci sont-elles effectivement difficiles sinon lassantes ?
J’essaie donc d’analyser ce qui, quelques années auparavant, m’avait conduit à réussir tout engagement sans quasiment une seule aide extérieure, et surtout à essayer de savoir, si auparavant et dans les mêmes lieux et conditions qu’aujourd’hui, j’aurais agi différemment ou de même.
Une autre question me vient donc : entre la recherche de l’exploit et le plaisir de faire, le choix et la limite de la témérité et de la sagesse.
Écartant un exploit de 170 Km et évitant surtout d’attraper froid en restant 7 heures sous la pluie et le vent, je prends donc le train pour Auxerre via Dijon.
Quelques heures de voyage, 2 changements, 3 trains. Quel périple !
La gare étant désertée, je laisse sans crainte mon matériel sur le quai sous la surveillance des cheminots et me rends en ville pour envoyer une carte postale à mon frère et son amie Melissa restés aux Etats-Unis.
Au retour, je constate que je ne suis pas seul : un sac à dos et un vtt sont posés.
Un autre voyageur déçu par la météo !
Je regarde de plus prés le matériel : nettoyé comme neuf, bardé de sacoches, des gardes bout,un éclairage,des plaques réfléchissantes, une roue libre avec plus de couronnes que mon course.
En un mot, mieux présenté que mon matériel décathlon qui depuis Marseille m’avait emmené dans cette gare un peu perdue !
À l’écart, la propriétaire s’est installée sur un banc, comme une fleur posée en plein désert.
Ses yeux d’un bleu clair, son joli sourire et ses quelques taches de rousseur apportent sous ses chevaux bruns un peu de gaieté dans cette bourgogne pluvieuse et sinistre.
Dieu sait combien de fois j’ai pu traverser cette région de long en large, jamais un seul cycliste de croisé !
Mais là, c’était l’aubaine !
Cette berlinoise résidant à Dijon parcourait donc la Bourgogne, en solitaire depuis plusieurs jours, avec près de 70Km par jour pour mieux en profiter, pour la découverte et le plaisir.
Les rapports entre les voyageurs sont totalement différents : les usagers habituels ne se parleront quasiment jamais, même s’ils se voient tous les jours durant 10 ans à l’aller comme au retour. Une sorte d’indifférence s’installe chez les gens.
Et je sais de quoi je parle pour avoir pris les transports en commun pendant plus de 15 ans.
Alors que dans de telles circonstances hasardeuses de rencontres et de ressemblances, les rapprochements humains sont beaucoup plus aisés entre des voyageurs peu ordinaires.
Nous sommes donc restés ensemble jusqu’à ce qu’elle atteigne Dijon pour y descendre définitivement.
Dans le train, avant d’engager la conversation, je la voyais rédiger quelques notes sur son carnet de route Moleskine.
Ce qui m’a frappé en elle est ce à quel point elle a su rester soignée : des vêtements de rechanges impeccables, des bottines en cuir, un léger maquillage, des boucles d’oreille, des petites bagues, une petite chaînette, une coiffure bien tenue alors que justement évoluer dans des conditions difficiles (météo, géographie,ennui mécanique, situation physique et mentale) peut faire passer outre cet aspect car on se dirige vers des attitudes et des choix beaucoup plus essentiels et non superficiels.
A côté d’elle, avec mes chaussures humides qui faisaient comme un « sploutch-sploutch », ma légère barbe du début et mon survêtement, j’aurais pu passer pour un sauvage !
Que ce soit traverser l’archipel du Spitzberg en chien de traîneau, franchir un désert ou gravir des pentes enneigés à 8 000 mètres, la première chose essentielle à laquelle un femme pensera est de conserver une certaine grâce.
Je me souviendrais toujours de cette photo d’Annie Beghin prise en train de se maquiller sur les pentes verticales du K2 à plus de 7 500 mètres !
Connaissant en détail les moments critiques d’un périple cycliste, j’ai été impressionné et séduit par son initiative personnelle, son goût pour l’aventure et sa sérénité, malgré les problèmes de toutes sortes posés à une femme, à s’engager seule le long des routes et de villages isolés.
Cela impose donc de ne pas en dire trop, de rester sobre.
Seulement une certaine complicité entre moi et elle, qui se faisait chambrer par les cheminots surements incapables d’aligner 70 Km mais ne disait rien sauf par un léger sourire, pour une situation,un engagement que l’on était seul à connaître dans cette foule anonyme de voyageurs partis pour travailler et curieux à nous voir.
Quelque chose me plaisait en elle et j’éprouvais un certain respect.
Aujourd’hui, mon seul regret est de n’avoir jamais su ce qu’elle est devenue.
9 ième étape : Lyon – Paray-le-Monial. 138 Km. Jeudi 15 Septembre 1994
9 ième étape : Lyon – Paray-le-Monial. 138 Km. Jeudi 15 Septembre 1994
Un petit kilométrage mais qui cache une des étapes les plus difficiles, sinon la plus dure,
du fait essentiellement de la combinaison du relief, du vent violent et de son rang dans le périple. Mais malgré ces difficultés, ce parcours offre la récompense des derniers sites intéressants et pittoresques avant l’arrivée.
Départ 08h20 Arrivée 16h01
Météo : «Une pluie torrentielle de 20 minutes s’abat en pleine campagne à 15 Km de l’arrivée »
La crainte du matin, accentuée par la lecture du bulletin météo annoncé mauvais la veille et un ciel couvert dès le départ, s’est dissipée : c’est un ciel chargé de nuages blanc et de bouquets gris épars qui accompagnent ma route vers Paray-le-Monial à travers les massifs du Lyonnais et du Charollais. Sauf dans Lyon ou ne sont tombées que quelques gouttes sous un plafond bas et sombre, j’ai bien cru devoir affronter encore une fois la pluie tout le long du parcours.
Par contre, un vent constant et mauvais s’est mêlé à ma route, presque toute la journée et dans le sens contraire de ma progression !
Souvent, j’ai dû subir les assauts d’un vent violent, soufflant en de très fortes rafales, entre Tarare et le col des Sauvages, puis au-delà de Chauffailles et plusieurs kilomètres avant Paray-le-Monial.
Malheureusement, mon espoir d’arriver sans la pluie s’est évanoui une douzaine de kilomètres avant ma destination finale, alors qu’un vent diabolique venant d’Ouest ramenait inexorablement sur moi des bouquets de nuages noirs.
Une pluie torrentielle de 20 minutes s’abat en pleine campagne à 15 Km de l’arrivée : survêtement, chaussures et vêtement mouillés, avec pour le lendemain seulement les chaussures de sèches !
Physique : « Il fallait surtout compter sur sa propre ardeur et sa combativité »
Mon physique a été bien mis à l’épreuve car j’ai été confronté jusqu’à la fin à une multitude de reliefs à franchir sous un vent contraire.
Le plat étant presque insignifiant, il fallait profiter des faux plats descendants et des longues descentes du début de journée pour pouvoir récupérer. Il fallait surtout compter sur sa propre ardeur et sa combativité pour ne pas fléchir dans certaines situations intenses et cela sans rien attendre d’une accalmie du vent ou d’un terrain longuement favorable.
Sous une météo défavorable et un terrain accidenté sur 130 Km, la seule issue possible est en effet de trouver en soi les ressources physiques et psychologiques nécessaires.
Un combat contre les éléments naturels et soi-même que j’apprécie fortement et digne d’un sport d’extérieur.
Malgré tout, une certaine fatigue se fait sentir à l’arrivée.
Performance : « Les performances ont été altérées par le vent »
Mes performances sont très faibles : jusqu’au deux tiers du parcours, j’évolue à 20 Km/h !
Lamentable…
C’est seulement vers la fin,15 Km avant Charolles,ou je peux accuser un maximum de 35 Km/h.
Les performances ont été altérées par le vent venant du nord-ouest alors que ma direction était contraire, du sud-est vers le nord-ouest
L’ascension du petit col des Sauvages s’est faite en luttant contre des bourrasques de vent et la progression, dans la descente de ce même col, l’était en pédalant !
Descendre un col en devant pédaler pour atteindre une vitesse minimale en dit long sur la puissance du vent.
Généralement il faut simplement se laisser glisser pour descendre vite…
Ce jour-là, le col des Sauvages avait bien donné son nom à ce vent furieux !
Moral : « mon mental est partagé »
Je ressens la satisfaction de m’etre défait du Lyonnais et du Charollais. En touchant le canal du Centre, à hauteur de Macon, je mets un point d’honneur à rompre avec la partie Sud de la France et affirmer une progression nette et franche vers la Seine-et-Marne.
Mais mon mental est partagé car, d’un autre coté, la situation climatique m’affaiblit : l’averse m’a littéralement trempé. Je ne sais si tout sera sec pour le lendemain alors que c’est encore un jour de pluie très forte que j’affronte en restant dehors et cela coup sur coup.
Relief : « Ce relief rappelle quelque peu certaines régions de Normandie »
Le parcours est éprouvant. On évolue dans une succession infinie de petits reliefs ou les zones de plats sont quasiment inexistantes.
De Lyon à Tarare, la route nous emmène à travers la partie nord des monts du Lyonnais.
Elle est la partie la plus accessible des monts, là ou les reliefs ne font que commencer.
Mais il faut quand même passer de nombreuses cotes assez longues.
Au nord, sur la route d’Amplepuis, de Thizy et de Chauffailles, nous sommes à l’ouest des monts du Beaujolais et le même relief se dessine : de longues cotes et descentes s’alternent de quelques faux plats.
La route conduit à deux nouveaux cols réalisés dans la matinée : le col des Sauvages (723 m) entre Tarare et Amplepuis puis le col de la bûche (683 m) entre Cours et Belmont-de-la Loire.
De Chauffailles à Paray-le-Monial, la région est très vallonnée. Le relief donne naissance à des cotes et des descentes courtes mais pentues et, à la longue, rudes à grimper.
La route donne par ailleurs cette impression de tourner sans cesse, escaladant et descendant de manière désordonnée entre chaque bocage et chaque colline.
Ma progression dans cette région de mamelons est à l’image d’un voilier ballotté sans cesse sur les vagues !
Ce relief rappelle quelque peu certaines régions de Normandie.
Paysage – curiosité : « Un voyage en pleine nature »
Du Lyonnais au Charollais, c’est tout le charme d’une France campagnarde qui se dévoile.
Une campagne isolée.
Une campagne de bout de France
On y rentre doucement depuis les Arbresle, juste après avoir quitté la banlieue lyonnaise.
Déjà, les premières fermes isolées et les premiers petits pâturages se dessinent à travers une végétation dense de bosquets et de haies.
Il suffit ensuite de franchir le col des Sauvages et sa ligne de partage des eaux à Tarare pour y rentrer de plein pied.
Ainsi jusqu’à Paray-le-Monial, la route nous mène dans une succession de champs, de bois et de pâturages sur près d’une centaine de kilomètres.
Un voyage en pleine nature, ou, éparpillés à travers la campagne, on croisera cette multitude de vieux villages et de petits hameaux, nichés dans un creux ou étendus sur le flanc d’une colline, vivant en toute tranquillité, comme Mazoncle, Château-Neuf, Ligny-en-Brionnais, Saint-Maurice ou Varenne.
Et justement, c’est proche de Ligny que me revient le souvenir du prieuré de Saint-Symphorien lorsque j’aperçois au bord de la route cette petite chapelle : minuscule, sûrement la plus petite, branquebalante dans ses vielles pierres, elle fut comme maladroitement sortie tout droit de terre pour y etre posée, perdue en rase campagne.
Cette campagne isolée à ses surprises : elle nous fera découvrir d’anciennes villes du 19ième, comme Thizy, au pied de la Trambouze à quelques kilomètres des gorges de la Loire, Amplepuis et Tarare, toutes connues pour avoir étés parmi les premières cités industrielles.
« Le pays des Pierres Dorées »
On rentre au pays des Pierres Dorées entre Tarare et Villefranche-Sur-Saône le long de l’Azergues.
Son nom trouve son origine dans un calcaire ocre et si chaud qu’il donne l’impression d’etre gorgé de soleil.
Le pays des Pierres Dorées nous fait remonter l’Histoire au travers d’anciennes villes fortifiées et châteaux médiévaux. On découvrira, entre les vignobles du beaujolais lyonnais et les collines de forets, l’ancienne ville fortifiée de Chazay, la forteresse de Châtillon dominant les rives de l’Azergues de ses tours et remparts, les châteaux de Charnay,Ternand, Jarnioux et Montmelas.
La tour de l’ancien château du Bois d’Oingt offre, avec le sommet du Signal de Saint-Bonnet,
un magnifique panorama sur ces terres méconnues et peu fréquentées.
L’hôtel qui m’a accueilli est le grand hôtel de la basilique.
Cet hôtel accueillant m’offre une chambre au calme malgré qu’elle soit face à l’impressionnante basilique.
Dans la journée, je me suis contenté de quelques bananes et barres chocolatées.
Un sandwich au fromage a aussi fait l’affaire pour caler une petite faim.
Le soir, dans la salle de restaurant décorée dans un style victorien pour lequel mes vêtements du soir semblaient peu adaptés (un survêtement et un t-shirt), je me suis contenté d’une salade, d’une viande aux légumes puis d’une glace pour clore la soirée.
05 décembre 2006
8ième étape : Crest - Lyon. 132 Km. Mercredi 14 Septembre 1994
8ième étape : Crest - Lyon. 132 Km. Mercredi 14 Septembre 1994
Cette journée n’est peut-être pas la plus difficile.
Elle est en tout la plus décevante à cause des conditions météo.
Départ 08h20 Arrivée horaire non relevé
Météo : « en plus violent ! »
La météo qui m’attend est à l’identique des précédentes mais en plus violent !
Dès le départ, mon parcours s’accompagne d’une pluie continuelle jusqu’à 13h.
Une pluie lourde, grasse et franche, partie pour s’installer longtemps.
Le genre de pluie qui vous ferait continuer votre matinée sous la couette ou déprimer quand vous êtes forcément obligé de passer dessous.
Très souvent je subis des averses très fortes et suffisamment longues pour m’obliger à de nombreux arrêts.
Même si on dispose de protection, comme une cape ou des chaussons imperméables,
on est pris par la tentation instinctive de se protéger sous un abri.
À partir de 13h, je bénéficie d’un créneau météo enfin favorable mais de courte durée.
Le ciel se dégage pour un temps et l’air devient chaud.
Mais à l‘Ouest de Lyon, les reliefs sont encombrés d’une masse nuageuse sombre.
Elle se met à rouler sur elle-même pour grandir de plus en plus et prendre de la hauteur.
Une hauteur magistrale vers le ciel.
Une masse sombre et sans fin de forme apocalyptique prend naissance au-dessus de la citée Lyonnaise.
Je décide de m’engager au plus vite pensant que j’aurais le temps suffisant, malgré les15 Km qui me séparent de Lyon, de m’approcher au plus près de mon hôtel sans subir d’averse…
Peine perdue : 2 averses magistrales subies en l’espace de 20 minutes, l’une d’une pluie torrentielle sur un boulevard extérieur encombré de véhicules qui me ralentissaient, l’autre encore plus démente tombant sans prévenir et accompagnée d’une pluie de grêle très dense.
Je suis déjà trempé alors que je trouve un abri dans la cage d’escalier d’un petit immeuble ou je passe le temps à jouer avec un chat attendant que la pluie cesse.
Physique : « mes chaussures et mon survêtement sont trempés pour la journée »
L’état général me permet de progresser relativement vite.
Par contre, je ressens, comme hier, une gêne occasionnelle à la base du coup, sûrement à cause du portage du sac à dos, et quelques douleurs aux fessiers.
La douleur au dos subie la veille a quant à elle disparu.
Une sensation de froid s’est aussi installée mais pour une longue partie de la journée :
une voiture m’a doublé de trop près dans un rond point au moment où je longeais une dépression formée sur la chaussée.
Mieux qu’une dépression, vu la quantité d’eau, il s’agissait sûrement d’un bassin.
Me voici donc littéralement aspergé de plusieurs dizaines de litres d’eau au 35ième Km :
mes chaussures et mon survêtement sont trempés pour la journée et je n’ai pas de rechange.
Performance : « sans chercher à forcer l’allure dans les reliefs »
J’évolue de manière plutôt correcte mais sans chercher à forcer l’allure dans les reliefs.
15 Km/h dans les reliefs, 25 Km/h sur le plat au minimum.
Très souvent je roule à 35-37 Km/h grâce aux nombreux plats.
Lors de l’approche sur Lyon, sur les grands boulevards extérieurs, j’accuse malgré tout
45-50 Km/h.
Moral : « cet état ne conforte pas le plaisir à rouler »
La météo peu favorable me lasse.
J’ai l’habitude de l’eau mais cela commence effectivement à m’agacer un peu.
Je suis obligé de subir des conditions déplaisantes et cet état ne conforte pas le plaisir à rouler.
De plus, la cape ne facilite pas les manœuvres car, si elle protège de la pluie, elle flotte souvent dans le vent et vient parfois se coller sur les jambes ou le reste du corps.
De plus je l’utilise aussi pour protéger la sacoche avant : recouvrant la sacoche et le guidon, elle forme un creux de par sa taille et dans lequel vient s’accumuler l’eau de pluie.
Elle sert de réservoir…
Je suis sans cesse obligé de la soulever pour renverser l’eau accumulée !
J’ai d’ailleurs abandonné le port de la cape sur une bonne partie du parcours.
Relief – paysage – curiosité :
Déçue par les conditions météo, je ne me suis pas trop attaché à découvrir le paysage,
me contentant surtout de rouler au mieux et au plus vite.
De toute façon, le plafond nuageux assez bas n’offrait qu’un horizon difficile à distinguer.
Cependant, se découpant à l’Ouest de Chabeuil et Romans-sur-Isère, on pouvait distinguer les premiers reliefs du Vercors, les montagnes de l’Epenet et de Musan.
Le relief est des plus accessibles dans cette progression vers Lyon. On ne trouve presque que du plat, du faux plat et quelques petites bosses. Les cotes sont isolées et les plus importantes se trouvent à Romans-sur-Isère, Beaurepaire, Vienne et Saint-Symphorien d’Ozon.
Par beau temps, on peut s’attarder dans les rues de Romans-sur-Isère.
Bâti autour d’une collégiale, le vieux quartier s’étend avec ses maisons à balcons de bois.
Plus au Nord, sur la rive gauche du Rhône, Vienne reste fière de ses origines.
Cette cité fut plusieurs fois, et sous différentes époques, capitale d’empires régionaux.
Elle conserve un théâtre antique, vestige de l’époque romaine.
J’ai logé sur Lyon même, dans l’hôtel du Dauphiné ou j’ai bénéficié d’une chambre au calme.
Je m’y suis présenté trempé, les cheveux décoiffés, les chaussures mouillées.
Au vue de mon état, l’hôtesse d’accueil a du avoir pitié et m’a ainsi offert, pour la circonstance, un café au lait, des biscuits et un jus d’orange alors que celui-ci était payant !
Alors qu’en journée, je me contentais de quelques bananes et barres chocolatées, mon repas du soir se composait d’un plat de pâtes et d’une pizza.
04 décembre 2006
7ième étape : Sault - Crest. 148 Km. Mardi 13 Septembre 1994
7ième étape : Sault - Crest. 148 Km. Mardi 13 Septembre 1994
C’est une étape moyenne qui se dessine mais une étape difficile.
148 Km d’un mélange chaotique de plats, de côtes, de descentes, de faux plats et de cols, marqués par l’ascension convoitée du mont Ventoux avant une descente douloureuse.
Elle est surtout, à travers le Vaucluse et la Drome, la dernière étape au nord de la Provence, encore digne des sites pittoresques et évoquant des décors à la Marcel Pagnol.
Départ 07h50 Arrivée 15h30
Météo : « vers un sommet invisible »
Je ne fais plus attention aux prévisions annoncées la veille :
Le schéma météo est sans surprise, désespérant et m’accompagne pratiquement de jour en jour avec la même régularité !
Je quitte donc Sault au petit matin dans la brume et sous la pluie.
La couverture nuageuse est très basse : je ne vois pas les pentes du Ventoux grimpant en altitude. Je découvre les reliefs au fur et à mesure sur une distance inférieure à cent mètres
en iso altitude et quelques dizaines à peine en dénivelé.
Le ciel est bouché. Il ne m’offre, au cours de cette ascension vers un sommet invisible, aucune ouverture ni sur les vallées environnantes, ni sur le plateau du Vaucluse.
Ce n’est qu’à partir de 9h30, vers le sommet, que je dépasse enfin la couverture nuageuse.
Plus bas, le vent assez fort commence à dissiper et à morceler la brume.
Cette absence de nuages d’altitude m’offre quand même une bonne visibilité mais pas aussi lointaine que par temps clair.
Le vent et l’air humide installent très vite une sensation de froid.
Je dois porter des gants pour entamer la descente.
La violence du vent m’oblige aussi à abandonner la cape pour le K-way, jugée trop dangereuse car elle peut se soulever.
Cela m’était déjà arrivée dans une descente en pleine ville lors de mon Tour de France !
Le col des Tempêtes porte bien son nom !
À partir de 11h, c’est un temps clair qui m’accompagne jusqu’à la fin de la journée.
Le ciel devient miraculeusement très beau, parsemé de petits nuages.
Le vent est parfois resté très fort localement et l’air devient très chaud.
J’abandonne mon survêtement et mon K-way pour un cuissard court et un T-shirt.
Physique : « une douleur au dos et au fessier de manière occasionnelle »
Ma condition physique, dans l’ensemble, est jugée satisfaisante.
L’étape précédente était plutôt tranquille et j’ai en plus bénéficié d’un très bon sommeil.
Je peux donc, dans ces conditions, me dépenser sinon encaisser les efforts.
Les 4 derniers Km du mont Ventoux ont quand même été éprouvant : il faut dire que cette ascension se termine sur des pourcentages assez élevés.
Dans la descente du col des Tempêtes, jusqu’à Malaucène, mes jambes subissent une gêne à cause du froid intense, une sorte de tétanie dans laquelle le froid les immobilise.
J’ai ressenti une douleur au dos et au fessier de manière occasionnelle :
Elle est provoquée par l’intensité du parcours et son relief dynamique.
C’est la première fois depuis le départ du périple que de telles gênes se font sentir.
Mais elles disparaîtront en cours de journée sans trop m’inquiéter et surtout sans remettre en cause mon aptitude.
Performance : « J’ai bien roulé »
Je suis assez content de moi. J’ai bien roulé et je me suis sorti de situations difficiles.
Ma progression vers le mont Ventoux était assez lente : 1h40 mais avec l’handicap d’une pluie constante, la cape qui limite les manoeuvres de conduite et souvent un vent gênant.
Il faut aussi tenir compte du chargement : le sac à dos et la lourde sacoche de guidon.
Dans la descente du Ventoux, je touche sans peine les 60 Km/h, voir les dépasse.
Sur le reste du parcours, composé d’une multitude de reliefs mélangés les uns aux autres,
ma moyenne se stabilise entre 25 et 27 Km/h et 15 à 18 Km /h dans les cotes.
La route, selon les endroits et mes envies, m’entraînent souvent sur plusieurs kilomètres
à 37 Km/h. Un vrai tapis roulant !
J’ai réussi à tenir mon programme : j’ai atteint tous les endroits voulus dans les délais à quelques minutes près (écart 4 ou 5 Mn) malgré une crevaison m’ayant fait perdre une bonne demi-heure : il faut compter le temps de réparer et celui pris pour le bénéfice d’une pause.
Moral : « Rouler en solitaire ne me lasse pas »
Le passage du mont Ventoux, la traversée réussie de la Drome dans des reliefs chaotiques,
la difficulté et la nécessité de faire face ont conforté mon esprit.
De plus la météo clémente de l’après-midi m’a permis de profiter pleinement du paysage.
On roule aussi pour le plaisir et depuis quelques jours, selon l’expression, « je m’en mets plein les yeux » !
Rouler plusieurs jours de suite en solitaire et dans ces conditions ne me lasse pas, car si je ressens la même sensation que la veille, un esprit libre et détaché, en osmose, je ressens aussi
un esprit fier et vainqueur.
Relief – paysage : « On découvrira les ruines d’anciens villages »
Ce parcours se compose de tous types de reliefs. On attaque du plat, du faux plat, des descentes, des côtes, le tout mélangé, sans répartition définie et précise sur son ensemble.
Un vrai casse-tête pour le stratège de l’effort : on n’a pas le temps de récupérer qu’il faut déjà s’engager à grimper !
Cette caractéristique en fait une étape difficile ou dynamique selon son point de vue car l’effort doit etre constant.
Et c’est ce qui m’a surtout attendu de Malaucène à Montbrison.
Valréas offre cependant un répit car cette petite ville est située en plaine où sont cultivées des vignes.
De Montbrison à Crest via Dieulefit on fera face à un col, un relief accidenté et la traversée de gorges.
La route remonte le cours de la Lez. Ce cours d’eau, qui serpente à travers les montagnes de la Drome, fera longer les montagnes de la Lance et de Dieu-Grâce.
Le deuxième col de la journée, le Pertuis, se laissera prendre après Dieulefit.
On l’atteint après avoir traversée les gorges sauvages du Jabron ou la route peu fréquentée se fait tortueuse sur les 2 derniers Km dans une végétation de pins, d’épineux et de légères senteurs aromatiques.
On découvrira, venant se perdre dans le maquis et les nombreuses combes, des mas habités ou abandonnés, les ruines d’anciens villages, celui de Béconne, ou les vestiges d’un passé médiéval comme le donjon de Blacon isolé et perdu en pleine foret sur la route de Roche-Saint-Secret, le château de Bourdeaux ou d’autres tours et chapelles sans nom, parfois en ruine,
presque oubliés et surplombant la route du sommet des crêtes.
L’arrivée à Bourdeaux, après une belle descente, laissera derrière soi la partie la plus difficile et la plus montagnarde.
L’accès à Crest se fait plus accessible, plus reposant aussi.
Il faut en effet attendre la Drome pour bénéficier de descentes de plusieurs kilomètres.
L’ensemble, par sa formation, son odeur, son isolement et cette floraison de petits villages repliés sur eux-mêmes, en fait la route idéale pour celui qui veut s’évader et rappel en quelque sorte certains écrits paysagers de Marcel Pagnol.
Cette journée est aussi marquée par l’ascension de 2 nouveaux cols :
Le col des tempêtes (1829 m) au 26ième kilomètre en début de journée
Le col du Pertuis (626 m) dans la région de Dieulefit vers la fin de la journée.
La Drome a des petits cols mais il faut quand même aller les chercher !
Cela m’en fait donc 5 au total.
Curiosité : « la route des vins »
La traversée de la Drome fera retenir Valréas, Montbrison, Dieulefit, Bourdeaux et Crest.
Valréas est une ancienne cité médiévale. Dominée par un donjon, la ville s’entoure à certains endroits de vieux remparts servant de promenade.
Comme Valréas, Crest a son histoire de ville forteresse ancrée dans son immense tour.
Dominant la ville sur le flanc d’une colline, ce donjon parfois drapé offre de son sommet un panorama magnifique sur la vallée de la Drome et la profondeur des massifs alentours.
Cette ville touristique, desservie par le train et constituée d’un centre ville animé où fleurissent terrasses ombragées et petites places, peut constituer un point de départ favorable pour une expédition vers le Vercors ou toute la Provence si décision est faite de partir au Nord.
Dieulefit n’est pas la Provence mais on s’y sent déjà tant l’esprit est là : une seule rue, d’étroites ruelles qui s’achèvent en escalier vers de vieilles maisons.
Tous ces villages sont sur la route que l’on nomme « la route des vins »
« Il était une fois le mont Ventoux »
Le mont Ventoux paraît impressionnant car il est dans cette région de plateau, de plaines et de petites montagnes, le seul sommet imposant et dépassant de très haut les autres.
Il se détache très nettement dans le paysage. Rien ici n’est à sa hauteur.
C’est pourquoi il s’en dégage une impression de puissance et cette impression de puissance renforce l’image d’une ascension difficile.
D’ailleurs j’ai toujours pensé que le mont Ventoux était mal situé et devait plutôt avoir sa place au coté de montagnes de même altitude comme celles des Alpes-de-Haute-Provence.
C’est la raison pour laquelle aussi je l’ai surestimé.
La veille au soir, en prenant l’air frais, je me suis rendu sur les remparts de Sault.
Je souhaitais l’apprécier, le deviner, m’en imprégner aussi.
Une impression très personnelle m’effleure : peut-être pour me rassurer, je pense alors à mon cousin Pierre Béghin qui avait gravi le Kangchenjunga en solitaire, le K2, le Makâlû, le Dhaulagiri et bien d’autres sommets Himalayens. J’essayais de deviner ce à quoi il pouvait penser avant une ascension, cette relation intimiste entre le grimpeur et sa montagne.
Ce soir-là, les nuages bas cachaient et dévoilaient furtivement le Ventoux.
Je ne le verrais donc pas. Un interdit, un cache-cache insolent, une défiance.
L’heure sera l’heure et l’heure de la rencontre ne sera que demain. Patience donc !
Pourtant, lors de l’ascension, la surprise est de taille : pensant la réaliser dans un délai identique à celle du Galibier, je mets beaucoup moins de temps que prévu.
Je m’aperçois de ma surestimation et je me surprends à trouver dans l’ensemble une certaine facilité à grimper.
La descente, quant à elle, a été terrible : une route humide, des branches étalées en travers, un froid qui tétanisait mes jambes, un vent violent venant du Nord qui tapait sur les parois et me rabattait sur la façade amont. Il fallait constamment lutter pour garder une trajectoire rectiligne.
La vitesse est élevée : très vite, dès le départ, je dépasse les 45 Km/h puis atteint les 60 Km/h et très vite, dès le départ, je m’aperçois que ma distance de freinage est inexistante pour négocier les virages en toute sécurité. Les câbles de freins sont usés. Trop usés mêmes.
J’ai fait l’erreur de ne pas les changer depuis un certain temps…Je suis obligé de tirer à fond et par à coup presque tout le temps : cela me donne des douleurs dans les poignées et la paume des mains.
Je sens, et durant toute la descente, la tension terrible des câbles avant et arrière.
Une tension telle que je crois qu’à chaque fois ils vont céder.
J’arrive à Malaucène, je ne sais comment.
Mais j’arrive à Malaucène, c’est certain, en pouvant souffler.
« Au risque de me retrouver dehors pour la nuit »
Mon étape devait se terminer à Dieulefit mais cet arrêt a été abandonné puisque Dieulefit a été atteint vers 14h. N’ayant donc pas fini la journée, la météo étant stable, j’ai décidé de continuer jusqu’à Crest pour avancer un maximum et surtout me débarrasser des derniers reliefs de la Drome afin d’entamer le parcours du lendemain sur un terrain plus aisé.
Il n’était pas question de commencer à partir de Dieulefit une étape vers Lyon sous la pluie et dans les reliefs.
À Crest, la priorité est donc de trouver un logement au risque de me retrouver dehors pour la nuit !
Le premier hôtel n’a pas donné satisfaction puisque je me suis accroché avec la patronne :
Je ne trouvais plus la clef de mon anti-vol et souhaitais poliment et en toute logique, que mon matériel soit d’abord sécurisé dans un garage. Prenant de toute évidence et sans discuter la chambre, cela ne devait poser aucun problème. Mais la patronne ne l’a pas entendu de cette oreille et l’a d’ailleurs très mal pris prétextant qu’il fallait d’abord prendre la chambre.
Sous mon instance, elle est devenue très sèche et a lâché, sous un grognement, « dans ce cas pas de garage ». « Si pas de garage, pas de client » lui ais-je répondu.
Je m’en suis retourné la laissant seule, plantée fièrement au milieu de son restaurant avec son sceau et son ballet brosse.
L'hôtel où j'ai logé fut donc Le grand hôtel.
Un Logis de France accueillant et au calme, recommandé par la FFCT,et où l’on mange bien.
Pour preuve, ce soir-là restera l’un des meilleurs repas de ce périple :
à en oublier les bananes et barres chocolatées de la journée, j’ingurgite une salade, une truite, une escalope de dinde aux lentilles, haricots verts et pomme de terre, un plateau de fromage,un flanc et une pêche melba. Rien que ça !
03 novembre 2006
6ième étape : Marseille - Sault. 128 Km. Lundi 12 Septembre 1994
6ième étape : Marseille - Sault. 128 Km. Lundi 12 Septembre 1994
Cette sixième journée m’amène à travers la Provence du nord.
Elle cherche à préparer le départ vers le mont Ventoux dont l’ascension comme celle du mont Mézenc était recherchée depuis 1992.
Une petite marche d’approche, au petit kilométrage et sur des routes tranquilles, avant d’entamer le grand retour vers la Seine-et-Marne !
Départ 07h25 Arrivée 14h45
Météo : « Et dire qu’il avait fait si beau la veille ! »
Depuis le départ de Cesson, le même schéma météo revient souvent :
mauvais temps le matin, beau temps en fin de matinée et dans l’après-midi.
Je quitte en effet Marseille sous un ciel gris et humide dès le départ.
La pluie me rejoindra un peu plus tard au Sud d’Aix-en-Provence à Calas.
Il pleut si fort que je suis contraint d’utiliser les chaussons imperméables et la cape.
Et dire qu’il avait fait si beau la veille !
Elle s’installera ainsi pendant une bonne demi-heure puis une bruine entrecoupée d’accalmie finira une partie de la matinée jusqu’aux Montagnes du Lubéron.
L’après-midi s’annonce chaud,voir très chaud : je suis obligé de rouler en short et en t-shirt.
Physique :
Je ne ressens pas de fatigue générale. Ma condition physique est bonne et reste stable.
De plus Je n’ai pas mal au dos malgré plusieurs jours de portage et les efforts d’escalade effectués la veille.
Cet état me permet de progresser sans peine au vue de la faible distance de cette journée et de franchir les quelques reliefs dans les délais que j’avais prévu.
Je remarque que je finis correctement chaque étape.
Cette situation est rassurante : elle est un bon indicateur de la condition physique.
Je sais par avance que je pourrais récupérer sans mal et bénéficier ainsi plus que d’un très bon sommeil.
Performance : « savoir se ménager au lieu de se dépenser »
Je profite des plats que m’offre la route pour m’exercer à la vitesse :
32 à 37 Km/h selon les endroits.
Dans les reliefs, ma vitesse chute lourdement : 15 à 22 Km/h dans le Lubéron et vers les massifs qui jouxtent la partie sud du plateau d’Albion.
Il faut dire qu’il fait très chaud et cette contrainte m’impose de ne pas gaspiller mon énergie inutilement. Au contraire du cyclosportif, le cyclotouriste, celui qui enchaîne les distances sur plusieurs jours d’affilés, doit savoir se ménager au lieu de se dépenser.
Sur le plateau d’Albion, j’accuse 37 Km/h sur les 11 à 15 derniers Km. Là, je m’éclate !
Moral : « un esprit libre et détaché »
Mon moral est à l’image de mon physique.
Je ne m’inquiète pas des efforts à fournir sur les prochains jours ni de ce qui peut m’attendre.
De plus mon matériel est resté fiable : ni défaillance mécanique, ni crevaison.
Je m’engage sur les routes avec un esprit libre et détaché.
Une impression d’osmose entre moi-même, mon matériel et l’environnement dans lequel j’évolue semble me combler depuis le Puy-en-Velay.
Relief :
Le parcours n’est pas difficile.
Il est un ensemble moyen composé de plats et de légères descentes.
Il est caractérisé par deux lourds reliefs qui ont l’avantage d’etre localisés :
La montagne du Lubéron qui offre un passage aisé et régulier jusqu’au col Le Pointu avant une descente plutôt rapide sur Apt puis la progression assez longue vers le plateau d’Albion sur la route de Jean-Jean et Rustrel en plein soleil et ou la chaleur m’a imposé plusieurs arrêts.
Avant le Lubéron, on traversera la minuscule chaîne de la Trévaresse dans sa largeur.
Au moment de l’étude du parcours, quelques mois avant le départ, la localisation des reliefs permet de connaître tout de suite le niveau de difficulté et de préciser les lieux exactes où un effort est nécessaire.
On maîtrisera ainsi mieux la gestion de son effort.
Je mets à mon actif le 3ième col de cet aller et retour vers Marseille :
le col Le Pointu ( 499 ) ,petit certes mais un col quand même !
Paysage - Curiosité : « plantés au milieu de nulle part, ses ruines tombent sous la végétation »
La partie la plus intéressante se révèle à Cadenet et au-delà.
Une fois la Durance franchie, la route remonte les combes tortueuses de Lourmarin vers le col Le Pointu. Entre le massif des Cèdres et le Grand Lubéron, on s’enfonce dans un paysage de gorges et de falaises où tout semble se mélanger à l’infini : les forets de pins, de chênes et de cèdres tapissent les versants avec la rocaille, la lavande, le romarin, le thym et la garrigue.
À certains endroits, je pouvais d’ailleurs ressentir certaines saveurs et parfums.
La foret est très dense, presque impénétrable, jusqu’à recouvrir les versants des falaises de calcaire. Sur ma droite avant d’accéder au col, l’Aigue Brun, qui se jette dans la Durance, creuse sa route dans un paysage de gorges et de montagnes submergées de forets.
L’isolement est total. Le silence aussi. Seul s’entend l’appel des rapaces évoluant dans le ciel. Dans cette solitude, l’immense ciel bleu ajoute une dimension supplémentaire à ce paysage.
La même impression ressentie en approchant la Cèze effleure l’esprit : une nature immense et authentique. Un microcosme sauvage.
Et c’est dans ce mélange de forets et de rochers de bout du Monde, que je découvre soudain le prieuré de Saint-Symphorien.
Comme surgissant d’un coup de plusieurs siècles, plantés au milieu de nulle part, ses ruines tombent sous la végétation. Seul son cloché roman haut de six ou sept étages se dresse fièrement vers le ciel presque intact au-dessus des arbres. Plus loin, mais je ne peux l’apercevoir, la foret cache les ruines d’un fort,construit en plein Lubéron,là où aucune route ne mène ! Le fort de Buoux.
Je suis frappé, même encore aujourd’hui, par la foi qui portait ces gens à construire de tels édifices et citadelles dans ces lieux impossibles. Incroyable !
On retiendra les deux seuls villages jonchés sur ma route : à l’entrée du Lubéron Lourmarin avec ses maisons aux pierres rosées, ses rues sinueuses aux passages voûtés, son château puis Les tourettes (15 Km plus loin ! ) petit lieu-dit découvert dans la descente sur Apt.
Le col du pointu et la descente sur Apt, très rapide, m’offre la première rencontre avec le plateau du Vaucluse. Il s étend au Nord au-dessus des reliefs qui jalonnent Apt.
Au loin, sur la ligne d’horizon, se profile la pointe blanche du mont Ventoux.
Du regard, j’embrasse tout le panorama d’Est en Ouest.
Cette immensité me fait aussi comprendre que la route est encore longue.
D’ Apt à Saint-Christol, sur la route de Rustrel, le paysage est montagneux et forestier.
La route n’est pas si difficile en soi mais elle se trouve aujourd’hui exposée en plein soleil.
Il fait chaud. Il fait même très chaud.
Je suis obligé de m’arrêter à Rustrel. Ce petit village de Provence est comme un océan de fraîcheur. Je rejoins la terrasse ombragée d’un petit café pour faire une pause méritée.
Sûrement la seule pause de tout le parcours.
La route remonte le cours du Doa avant d’arriver à Saint Christol puis le plateau d’Albion.
De l’autre côté de cette petite rivière, on peut admirer le Colorado avec ses carrières ocre,
ses falaises jaunes et rouges aux parois déchiquetées par l’érosion.
Curiosité : « une vie ancestrale depuis la nuit des temps »
On retiendra surtout Lourmarin, Rustrel et Saint-Christol.
Ces petits villages m’ont paru authentiques.
Ils ont su conserver leur architecture d’origine, leurs rues anciennes et leurs façades de vieilles pierres.
Une harmonie qui leur confère ce charme que l’on donne aux villages de Provence.
Apt est un centre commerçant dont la vieille ville s’organise autour de rues étroites et de places ombragées. Apt doit sa célébrité comme la capitale mondiale des fruits confits.
Sault est le dernier village avant le mont Ventoux. Par temps clair il offre une vue imprenable
sur les gorges de la Nesque.
Toute la région qui s’étend sur le plateau du Vaucluse dispose de nombreuses origines
préhistoriques : les alentours de Banon, Simiane la Rotonde, Sault et Aurel peuvent donner cette image de création des origines.
D’ailleurs, depuis le Lubéron où l’on trouve des abris en pierre sèche, les bories, dont l’origine remonte à des millénaires, le paysage sauvage, la végétation généreuse et les multiples sanctuaires creusés dans la roche ou les gouffres comme celui de Caladaire permettent d’imaginer que pouvait se développer ici une vie ancestrale depuis la nuit des temps.
L'hôtel où j'ai logé se nomme La rabasse.
Il est accueillant et calme.
Il faut dire que Sault est un petit village qui n’attire pas les foules au mois de Septembre.
Dès 20 heures les rues ne sont plus fréquentées et les voitures ne s’arrêtent pas.
Dans la journée, je me suis contenté d’un sandwich au jambon et d’un deuxième au fromage.
Quelques grappes de raisins saisies dans les vignes ou dans les remorques de petits tracteurs que je doublais ont aussi fait l’affaire.
Le soir a été un vrai régal : une salade paysanne, deux escalopes de dindes aux légumes et un plateau de fromage pour couronner le dessert.
5ième étape : Vallon Pont d’Arc - Marseille.188 Km. Samedi 10 Septembre 1994
5ième étape : Vallon Pont d’Arc - Marseille.188 Km. Samedi 10 Septembre 1994
Sur le panneau, à l’entrée de la ville, on peut lire : « Marseille - Commune d’Europe –
Jumelée avec Hambourg, Gênes, Haïfa, Abidjan, Kobé, Dakar, Odessa, Le Pirée, Alexandrie ».
Après 5 jours, un instant de gloire.
Départ 07h40 Arrivée 15h30
Météo : « D’Avignon à Martigues, c’est un léger vent qui me pousse »
Il a fait très beau toute la journée.
Il a aussi fait très chaud.
Une légère crainte s’est pourtant installée dès le départ par la présence d’un banc nuageux assez imposant jusqu’aux gorges de La Cèze.
J’ai bien cru rejoindre Marseille accompagnée par le gris du ciel et la pluie mais ces nuages matinaux ont vite disparu.
C’est en effet dans la vallée du rhone que le beau temps s’est installé pour la journée.
Le vent est resté faible et pour une fois je peux profiter de cette rare accalmie.
D’Avignon à Martigues, c’est un léger vent venant du nord-ouest qui me pousse sous un ciel immensément bleu et clair.
Physique :
Ma condition physique est bonne.
Elle tends à s’améliorer à mesure des étapes.
Comme la journée d’hier, je ne ressens ni lourdeur dans les jambes, ni fatigue générale.
Le port du sac à dos ne me gêne pas non plus.
Mon potentiel me laisse libre choix dans la gestion du temps de parcours.
Cette maîtrise me permet donc de progresser comme je le souhaite :
je peux ainsi consacrer plus de temps que prévu à apprécier certains sites au lieu comme on dit « de rouler tête dans le guidon ».
Le temps perdu à tel endroit sera de toute façon rattrapé ailleurs.
Cependant, en fin de parcours à hauteur de Marignane,des douleurs se font sentir aux fessiers.
Elles me pénalisent pendant quelques kilomètres.
Je n’étais pas équipé à cette époque d’un gel de selle.
Je me sens bien, aguerri et en pleine possession de mes moyens.
J’éprouve un réel plaisir à évoluer ainsi.
Je pense même que j’aurais pu continuer sur une distance plus longue encore,
quitte à laisser Marseille derrière soi !
Performance : « ce plaisir me fait oublier les difficultés du premier jour »
Une fois encore tous les endroits ont été atteints dans les délais.
Il s’agira pour certains d’un détail mais qui en fait à son importance.
Il peut mesurer l’impact des handicaps rencontrés ou la sensation d’avoir « galéré » mais aussi de gérer son parcours lorsque la distance est longue.
D’une manière générale, j’ai le sentiment que mes performances ont été assez élevées.
C’est la première étape pour l’instant qui valorise la vitesse.
Il faut dire que les reliefs sont quasiment inexistants après Bagnols-Sur-Cèze.
Jusqu’aux gorges de La Cèze 22-25 Km/h, maxi 27 à cause des reliefs
Des gorges à Bagnols-Sur-Cèze 32-35 Km/h
De Bagnols à Marignane j’accuse très souvent 35-37 Km/h
Ces performances n’ont pas altéré ma condition physique malgré les efforts dans l’étape du Massif Central sur un fort relief et les 2 premières journées jusqu’à Clermont-Ferrand sous un vent contraire violent.
Elles sont le résultat d’un entraînement régulier et d’une bonne récupération.
À rouler ainsi, ce plaisir me fait oublier les difficultés du premier jour entre Montargis
et Cosne-Sur-Loire !
Moral : « Ma satisfaction est pleine et entière ! »
Marseille à 5 jours de la Seine-et-Marne, le Massif Central à 2 jours, des paysages forts,
des sensations garanties. Que demander de plus !
Ma satisfaction est pleine et entière !
De plus la météo est annoncée stable pour plusieurs jours.
Cette performance est honorable mais il faut savoir rester humble et lucide même si le matériel est fiable, même si le potentiel permet de faire face aux difficultés.
Ce premier objectif atteint il en reste en effet un second et dernier de même ampleur : le retour
Relief :
Le relief divise le parcours en deux parties séparées par la vallée du Rhône.
On trouve la plus forte concentration de relief jusqu’à Bagnols-Sur-Cèze : une succession de multiples cotes et de descentes, dans un massif forestier assez dense et fermé, entre Barjac et St-André-de-Roquepertuis sur la route de la Cèze.
Les amateurs de vitesse, comme ceux qui préfèrent s’échauffer tranquillement, se feront plaisir sur les longs plats entre Vallon, Vagnas et Barjac.
Une fois dans la vallée du Rhône, on évolue le plus souvent sur du plat.
Les reliefs sont très localisés et ne sont d’aucun handicap : on ne fera que longer le massif
Les plaines et la montagne du Défends entre Cavaillon et Salon-de-Provence.
Au sud de Salon, au 13ième Km sur la N113, un point de vue au somment d’un massif sans nom nous fait dominer la plaine de l’étang de Berre.
La chaîne de l’Estaque est le relief le plus important avec le massif forestier de la Cèze.
Il sera sans difficulté malgré la distance parcourue.
La partie la plus pentue est sa façade maritime.
Paysage - Curiosité : « Aux confins du Gard et de l’Ardèche »
Au petit matin, de Vallon-Pont-d’Arc à Barjac, je ressens la même sensation qu’au départ du Puy-en-Velay vers le mont Mézenc : Je ne suis pourtant pas parti aux aurores et tout autour me semble encore endormi et silencieux.
L’Ardèche reste calme et froide.
Pas une onde sur l’eau, pas une vibration dans les arbres.
Je m’aperçois en plus que je suis presque seul sur la route. Rares sont les gens décidés à sortir en ce samedi matin brumeux et frais : Vallon et Salavas sont restés endormis.
À rouler seul dans cette ambiance matinale, on a l’impression d’être le témoin privilégié,
de posséder et de faire partie de tout ce qui entoure.
La partie la plus intéressante du parcours s’étire de Barjac à Bagnols-Sur-Cèze.
Ma route me conduit vers les gorges de la Cèze dans une région isolée au relief accidenté.
Nous sommes au sud des célèbres gorges de l’Ardèche.
Aux confins même du Gard et de l’Ardèche.
Dans l’enchevêtrement de collines boisées, souvent abruptes, on a ce double sentiment
par l’isolement et l’aspect difficilement pénétrable, d’etre au bout du Monde et que tout reste finalement à découvrir : des dolmens cachés aux grottes préhistoriques de la Cèze,
les ruines du château de Fèreyrolles, ces hameaux et ces villages perdus dans la garrigue
sur des petites routes de nulle part.
À l’entrée des gorges, on trouvera Montclus, un superbe petit village dominant la rivière.
Un bout de civilisation planté au beau milieu des collines et des forets.
De grandes maisons aux murs d’ocre sont bâties autour du château médiéval dont il ne reste que des vestiges.
La Cèze prend naissance sur le mont Lozère dans les Cévennes et se jette dans le Rhône.
Elle est moins connue que sa grande sœur l’Ardèche.
Elle est aussi moins prestigieuse au regard.
Pourtant l’écrivain Jean-Pierre Chabrol écrit d’elle : « un rayonnement, un chatoiement d’ombres et de lumières dansantes, à lui seul un heureux univers de fraîcheur et de liberté ».
Elle taille son chemin dans un étroit canyon flanqué de part et d’autres de falaises abruptes.
La route qui la longe est elle-même très étroite.
Elle se faufile parfois autour de blocs de rochers verticaux et tordus.
À la sortie de ce défilé sauvage apparaissent un relief dégagé, des collines dépouillées,
puis des vignes et vergers, châteaux et villages.
Elle marque la limite ou l’Homme a cessé de mettre son empreinte.
Dans ce désert de rocailles et d’herbes sèches, on retiendra les deux beaux villages de
Saint-André-de-Roquepertuis et Goudargues.
Plus loin La Roque Sur Cèze, comme Monclus d’ailleurs, se doit d’être considéré comme une petite merveille : ce village aux vieux murs de pierres et piqueté ce cyprès grimpe sur un piton rocheux au milieu d’une nature encore préservée.
Au pied des bâtisses la Cèze vient s’enrouler dans un jeu de cascades le long des vignes.
Un rare village au charme d’autrefois. Un village comme on les aime.
De Bagnols-Sur-Cèze à l’Estaque, la route me laisse peu de saveur paysagère.
J’ai décidé dans la construction de mon parcours que cette 5° journée serait un tracé direct. Dans la vallée du Rhône à Avignon, le long de la Durance à Cavaillon puis aux abords de l’étang de Berre je paie alors le prix par cette absence de route pittoresque, de paysage à contempler, de petits détails accrocheurs qui rendent l’œil contemplatif.
Je me fais quand même plaisir le long du canal de Craponne au nord de Salon-de-Provence
ou ma route s’engouffre sous plusieurs kilomètres de voûtes d’arbres.
« Puis d’un coup Marseille »
La chaîne de l’Estaque est le relief le plus important avec les gorges de la Cèze.
Il est aussi le dernier relief franchi.
Celui au sommet duquel j’aperçois la Méditerranée s’étirer sur tous les horizons.
Du haut de mon point de vue au lieu dit Le Rove, je distingue Marseille plus loin sur ma gauche, une forme en filigrane le long de la cote.
Je ne distingue pas tout de la ville située à 13 ou 15 Km.
Je me lance dans la dernière et grande descente que m’offre la N568.
Sur ma droite, la rade dessine son arc de cercle.
Je passe un tunnel creusé dans la roche puis déboule à toute allure sous une voie de chemins de fer.
Un bras de mer entre aperçu sous les arcades. Encore une cote lointaine.
Puis d’un coup Marseille.
J’immortalise l’événement par une photo.
Sur le panneau, à l’entrée de la ville, on peut lire : « Marseille - Commune d’Europe –
Jumelée avec Hambourg, Gênes, Haïfa, Abidjan, Kobé, Dakar, Odessa, Le Pirée, Alexandrie ».
Après 5 jours, un instant de gloire.
« La traversée de Marseille s’est révélée épique »
Avant d’entamer la descente de la chaîne des Estaque j’ai dû m’arrêter dans un petit bar au lieu dit Le Douard pour réapprovisionner en eau : il a fait très chaud et mes bouteilles sont vides.
Vide mais pas uniquement à cause de la chaleur : j’ai dû les utiliser pour me débarrasser de deux caniches. Deux caniches cons. Alors que je cherchais ma route dans les pavillons de Gignac-La-Nerthe, ils me surprennent puis reviennent sur moi, l’un à ma droite, l’autre à ma gauche excités comme fous. Au bout de plusieurs minutes de ce jeu, je décide d’en taper un avec la pompe à vélo mais cela n’a que peu d’effet.
L’un d’eux s’approche de moi au plus près, aboyant, l’œil mauvais et le croc visible.
Pour m’en débarrasser définitivement, je sacrifie mes deux dernières bouteilles d’eau.
Mouillé comme tel il devrait fuir mais cela les excite encore plus !
Encore un peu il me mordait un bout de jambes !
L’odeur d’une grillade détourne soudain leur attention : ils se rendent aussi fous et hurlants dans le jardin d’un pavillon. Un silence se fait.
Puis ils fuient la propriété poursuivi par un chien de garde.
Ils m’ont fait perdre un bon quart d’heure, ces deux caniches les plus cons du Monde !
La traversée de Marseille s’est révélée encore épique entre l’Estaque et La Madrague.
Je n’avais aucune carte précise et je me dirigeais en suivant la direction du vieux port.
Je me rappelle du panneau : « vieux port – route verte » (route verte pour route touristique).
Suivez la flèche !
Un petit panneau que j’ai perdu à un carrefour : sur ma gauche, ma route partait dans des pavillons, sur ma droite elle finissait dans l’immense port commercial et son contrôle douanier,
devant moi elle rejoignait une route qui partait droit sur Marseille.
Je m’engage donc tout droit.
Après avoir rouler 700 mètres, je me rends compte qu’elle devient une voie express.
Je suis sur un tronçon de l’A7, l’autoroute du soleil !
Sans possibilité de dégager ni par la droite, ni par la gauche, je suis obligé de m’en sortir
en faisant demi-tour.
Je roule donc à contresens sur l’A7 en me serrant au maximum sur la gauche le long du mur.
La voie des véhicules lents me porte chance : je n’en croise aucun sur ces 700 mètres !
Je suis hébergé cette fois-ci chez un couple d’amis, Marc et Sibille.
Je passerais le Dimanche avec eux avant de repartir Lundi matin sur la route du Nord.
L’après-midi n’est pas de tout repos : encore du sport !
On rejoint un site d’escalade où Marc a l’habitude de s’entraîner avant de partir dans les Alpes former avec mon frère une cordée sur les cascades de glace et autres terribles ascensions.
Je me tente sur quelques blocs en faisant tout de même attention :
Une blessure m’obligerait à rentrer en train et je préfère l’éviter.
Leur appartement est proche de la Canebière.
J’en profite pour entamer une ballade matinale sur ses alentours.
Notre Dame de la Garde m’offre une belle vue panoramique : le fort Saint-Nicolas, le fort
Saint-Jean, le Vieux Port et la cité marseillaise, millénaire de 20 siècles.
Au sud le château d’if se laisse apercevoir sous un ciel bleu.
Au nord se dessinent les contours de la chaîne de l’Etoile et la pointe du pic de Garlaban.
4ième étape : Le Puy en Velay – Vallon Pont d’Arc.148 Km. Vendredi 09 Septembre 1994
4ième étape : Le Puy en Velay – Vallon Pont d’Arc.148 Km. Vendredi 09 Septembre 1994
La deuxième journée dans le Massif se finit dans l’Ardèche dans des décors de rêve.
Sauf entre Aubenas et Villeneuve-de-Berg, toute la progression est effectuée dans des paysages pittoresques et sauvages, l’esprit de l’étape se voulant de retrouver la définition de ce que l’on appelle les grands espaces.
De plus un point d’honneur est mis au Mont Mézenc dont l’ascension était recherchée depuis 1992, année de mon Tour de France en solitaire.
Départ 07h40 Arrivée 15h11
Météo : « Vers 12h00 c’est un ciel dégagé qui ouvre ma route vers le Sud »
Couvert dans la matinée, beau dans l’après-midi, tel aurait pu-t-on résumer cette journée.
Jusqu’à 09h30, le ciel est dégagé au-dessus et au sud du Puy sur un rayon de 15 Km.
Lors de la seconde moitié de la matinée, le ciel se charge d’une brume matinale puis d’un plafond nuageux très bas sur les hauts-reliefs.
Le massif du Mézenc vers lequel je me dirige est couvert de nuages gris.
Ces blocs compacts comme une banquise sont posés immobiles au-dessus des crêtes.
Dans ce calme matinal, sur ses routes et ses plateaux silencieux désertés par la fraîcheur, ils semblent comme profiter des derniers instants d’une longue et grâce matinée avant de se réveiller.
Leur présence durant toute la nuit apporte un air humide ce qui provoque une sensation de froid désagréable et très accentuée dans les descentes. De plus le vent venant du sud se met aussi de la partie,
Ces conditions m’obligent à porter un coupe-vent et des gants, vêtements que je ne portais pas 2 ans plus tôt lors de mon Tour de France.
Ces « légers » déboires de l’époque ont profité à mon expérience et cette négligence a disparu.
Vers 12h00 et dans l’après-midi, c’est un ciel dégagé qui ouvre ma route vers le Sud.
Le plafond bas et grisâtre fait place à de légers bouquets de nuages blancs.
Un ciel bleu sans fin défile jusqu’à l’horizon. Je profite donc d’un arrêt pour troquer survêtement,
coupe-vent et gants contre un t-shirt et un cuissard court.
En l’espace de quelques kilomètres seulement, l’arrivée dans l’Ardèche se marque
d’un temps sec et très chaud. Le changement de météo est radical. Ce changement brutal est une caractéristique très claire : on vérifie en effet sur le terrain l’influence que l’on dit souvent attribuer à la Loire et à son environnement.
Physique : « Les efforts me rendent la grâce des points de vue »
Comme les jours précédents je me sens bien.
Je ne ressens ni courbature et ni douleur. Le sac à dos ne me gêne pas non plus dans les ascensions malgré des mouvements en danseuse et des cotes assez longues.
Cependant je suis un peu éprouvé jusqu’au Gerbier-de-Jonc par une longue ascension, la première de la journée. Elle était située sûrement trop tôt dans le programme pour un long
plat qui la précédait et sur lequel j’ai dû rouler un peu trop vite…
C’est après le passage du Gerbier que je peux me faire plaisir dans de meilleures conditions.
Il est vrai que je n’ai pas fait d’effort la veille : cet avantage me permet une bonne récupération.
L’aptitude physique donne un confort certain et rend beaucoup plus de plaisir à ce que l’on entreprend.
Les efforts me rendent la grâce des points de vue.
Performance :
Tous les endroits ont été atteints dans les délais fixés et là se trouve l’essentiel.
Dans les reliefs, j’accuse entre 15 et 22 Km/h sur 25 Km avant le Mt Mézenc et le Gerbier.
Dans les descentes, la vitesse est variable : entre 35 et 55 Km/h selon le revêtement et
le tracé des routes.
Relief- Paysage :
« Un vertige panoramique qui laisse rêveur »
« Sensations garanties » sont les mots qui me viennent à l’esprit avant d’écrire.
Du début à la fin ma route m’emmène dans des décors sauvages et des espaces grandioses
à travers le Velay, les Monts du Vivarais et les Monts d’Ardèche.
Du Puy à Lantriac, on trouve un plat très long et quelques faux plats.
Vers la fin sur 6Km je m’accroche à une cote assez dure.
De Lantriac au Mézenc, une autre cote, plus longue et plus rude, impose un rythme plus faible.
Mais la route ne déçoit pas malgré l’effort imposé : entre Laussonne et Les Estables,
on découvre enfin cette beauté sauvage et préservée des paysages d’Auvergne.
Les grandes landes du plateau, cette floraison de sucs et de collines, les monts d’Alambre, le rocher Tourte et du Bachat qui ne sont autres que des volcans éteints.
Sur la droite, la vue porte vers la petite barrière des monts du Devès et au nord derrière soi ceux lointains du Livradois-Forrez posés sur la ligne d’horizon.
Perché à 1343 m au pied du Mézenc le village Les Estables est le plus haut du Massif Central. Un des plus humbles aussi et des plus pittoresques malgré sa station de ski :
Des maisons en blocs de basalte,des murs d’1m50 d’épaisseur, des lauzes empilées sur le toit.
Je laisse les deux sommets du Mont Mézenc sur ma gauche.On y accède à pied en 25 minutes mais pour ne pas laisser mon matériel sans surveillance, je décide de ne pas m’y rendre.
Et pourtant ! Le panorama est un des plus beaux du Massif Central sinon le plus saisissant :
Au nord, le massif du Meygal et les monts du Forez au-delà de la Loire, à l’ouest la Margeride, les volcans des Dômes, des Dore et du Cantal, au sud les Cévennes, la table du mont Lozère et le mont Ventoux, puis à l’est loin de 225 Km les Alpes.
Un vertige panoramique qui laisse rêveur.
Plus proche, le relief se dessine sur des vallées encaissées, des sucs et des falaises.
C’est sur la route du Gerbier-de-Jonc, source de la Loire, que je retrouve satisfaction.
Une courte pause s’impose à une table panoramique car dans toute son étendue, de Chamonix à Briançon, c’est toute la chaîne des Alpes qui s’ouvrent d’un coup à mes yeux.
On peut distinguer Les Ecrins, des sommets comme la Meije que l’on tient du bout des doigts.
Une vue impressionnante.
Enfin une belle récompense.
Je me rends compte que cette vue permet de distinguer la météo sur le massif alpin et sur les vallées du Rhône en fonction du plafond nuageux et de la lumière du soleil.
Une observation utile pour qui veut un jour relier l’Auvergne aux Alpes en l’espace d’une journée.
Je quitte l’Auvergne par les monts d’Ardèche.
Une route terrible qui sera 17 Km de descente à travers les gorges de la Volane.
On ne trouve rien de mieux pour enfin se reposer et récupérer mais la mauvaise qualité du revêtement et le tracé très tortueux m’empêche de profiter pleinement du site.
Je m’oblige en effet à faire attention et à réduire parfois ma vitesse.
Malgré tout j’évolue dans un décor de falaises abruptes, de gorges étroites et plongeantes,
de rochers suspendues, des hameaux isolés, d’autres perdus dans le creux des falaises ou leur sommet comme Le Crouset, Pinchenole, Laviolle et Antraigues.
Le paysage se libère devant moi sur les hauteurs d’Aubenas.
D’un coup d’œil, j’embrasse tout le panorama du plateau de Coiron jusqu’à celui des gorges de l’Ardèche au sud de Villeneuve-de Berg.
C’est justement après Villeneuve-de-Berg que je rejoins Vallon-Pont-d’Arc.
Une petite route sur la carte, un itinéraire isolé dégagé des grands axes: les gorges de l’Ibie.
Le paysage est certes différent de celui du Massif Central mais l’impression demeure :
Une nature préservée et brute de maquis et de pins, une végétation sèche, des falaises et collines, des torrents asséchés, un isolement total de bout du Monde dans des hameaux aux noms inconnus tel Vaudanoux, St Maurice d’Ibie ou encore Les Salelles.
Du Puy jusqu’à Vallon, le changement est évident dans le relief et le climat.
D’une région à une autre pourtant distante d’un seul relief, les monts d’Ardèche, et en définitif pas si lointaine, le contraste se ressent aussi dans l’architecture et l’aménagement des villages.
Je mets à mon actif les 2 premiers cols de cet aller et retour vers Marseille :
le col de la Clède (1385) et de Mézilhac (1130)
Curiosité :
L’ensemble du parcours est à lui seul une curiosité.
Celui ou celle qui aime les grands espaces, ceux d’une nature brute, en sera servie.
Je dois dire qu’il s’agit d’une des meilleures étapes parcourues à ce jour depuis le début de ma pratique cycliste.
Vallon-Pont-d’Arc ne m’a pas surpris et mon impression après l’avoir traversée la première fois en 1990 s’est révélée être exacte : Ce village ardéchois sûrement paisible et charmeur autrefois est malheureusement miné par le tourisme de masse.
Mon hôtel s’appelle l’hôtel du parc.
Ma chambre est au calme ce qui est un avantage nécessaire pour un bon repos.
Mais l’hôtel est un peu radin sur le petit-déjeuner. D’ailleurs tous mes petits-déjeuners allaient être ce que l’on trouve de plus classique dans un hôtel. Je ne prenais aucun complément.
L’accueil était tout de même sympathique car j’étais à vélo.
Dans la journée, je me suis contentée sur l’ensemble du parcours de 2 bananes dont une consommée avant le Gerbier et de 2 barres chocolatées.
Mon repas du soir n’a pas dérogé à la règle : malgré les efforts physiques, malgré les conseils
des diététiciens et scientifiques du sport, je me réserve le droit d’ingurgiter encore une fois
une pizza, une salade et une petite glace.
25 octobre 2006
3ième étape : Clermont-Ferrand – Le Puy-en-Velay. 138 Km Jeudi 08 Septembre 1994
3ième étape : Clermont-Ferrand – Le Puy-en-Velay. 138 Km Jeudi 08 Septembre 1994
« Mon regard se tourne plus loin vers les massifs totalement obstrués »
Cette étape est la première journée dans le Massif Central.
Elle devait m’emmener jusqu’au Puy par des itinéraires secondaires et le long de paysages pittoresques
Je me suis effectivement rendu au Puy mais je n’ai malheureusement pas eu la possibilité de l’exécuter selon mes souhaits. Elle a été compromise par le vol d’une partie de mon matériel :
À la sortie de Clermont, je me suis arrêté dans une boulangerie.
J’avais prévu pour gagner du temps de ne pas m’attarder à l’Hôtel et de manger en roulant.
Quelle agréable surprise lorsque j’aperçois le vélo sans sa sacoche arrière au moment de sortir de la boulangerie ! matériel volé ou perdu à cause d’un mauvais sanglage ?
Quoi qu’il en soit je me rappelle du gars qui sortait de la boulangerie juste après mon arrivée…
Cette sacoche contenait l’ensemble des chambres à air, les démontes pneus et des tournevis.
Je suis donc obligé de retourner dans le centre de Clermont pour trouver un commerçant
car m’engager comme tel sur les routes du Massif est un risque à ne pas prendre :
Je sais par expérience que j’ai au moins une crevaison par périple.
Je réussis à trouver ce qu’il me faut dans un garage mais son heure d’ouverture est tardive.
De plus j’ai fait le chemin en sens inverse jusqu’à l’hôtel pour tenter de la retrouver.
Il est entre 10h30 et 11h00 lorsque j’en sors.Un peu tard n’est-ce pas ?
Au-dessus de Clermont, le ciel se couvre.Les bouquets de nuages noirs finissent par dévorer les seuls morceaux de ciel bleu qui pouvaient rester.
Le ciel se met à tonner plusieurs fois. Un lourd rideau de pluie s’abat.
Le genre de pluie qui s’installe bien. Très confortablement. Et pour longtemps.
Mon regard se tourne plus loin vers les massifs totalement obstrués.
Mon espoir de rejoindre Le Puy par beau temps s’évanouit comme une peau de chagrin.
Alors que le parcours était réalisable sans risque physique de décrocher,
alors que des décors paysagers sûrement hallucinants me donnaient rendez-vous,
je me résous à devoir regagner le Puy par le train.
Que la frustration est grande de ne pouvoir se réaliser soi-même à cause d’événement indépendant de sa volonté.
Et que la frustration devient encore plus grande lorsque vous avez pris le temps de vous préparer durant des semaines et que vous savez que vous auriez pu.
J’essuie la buée qui a pris naissance sur la vitre de mon compartiment.
Je dessine un carré ou un rond.
Je ne sais pas où se trouve mon train mais mon regard se perd au-delà vers les crêtes, vers les sommets.
Un rideau sombre comble l’espace entre les nuages et les montagnes.
Au loin, la pluie se fait incessante.
24 octobre 2006
2ième étape : Fourchambault – Clermont-Ferrand.166 Km, Mercredi 07 Septembre 1994
2ième étape : Fourchambault – Clermont-Ferrand.166 Km, Mercredi 07 Septembre 1994
Vers la porte du Massif Central, la route remonte la rive de l’Allier.
Un voyage au fil de l’eau où tout le long c’est essentiellement une France campagnarde qui se dévoile.
C’est aussi Le Massif Central à 2 jours de chez soi !
Départ 8h13 Arrivée 16h23
Météo : « Sympa comme accueil pour un départ matinal ! »
Identique au premier jour,à savoir un temps gris le matin, des éclaircies et un ciel dégagé au-delà de 12h00.
Question de mettre un peu d’ambiance et de montrer peut-être à quoi je devais m’en tenir, une mauvaise pluie sous forme d’averse m’a accompagné dès le départ durant une bonne demi-heure,puis ensuite la bruine et l’air chargé d’humidité s’en mêlent.
Sympa comme accueil pour un départ matinal !
Je l’ai retrouvée par deux fois sur le reste de la journée notamment sur les 10 derniers Km.
Vent modéré dans la matinée : les reliefs traversés m’en ont protégé mais une fois dans la plaine,le vent venant du Sud a soufflé : j’ai dû subir des assauts très fort et ma progression une fois de plus a été ralentie.
Physique : non éprouvé,je tiens le choc au bout de 366 Km en 2 jours…
Sauf en fin de parcours à cause du sac à dos,la quasi-totalité des affaires y était.
Il faut un peu de temps pour se conforter à ce type de portage, généralement une demi-journée est suffisante,question d’habituer la musculature, mais surtout de positionnement sur le dos (trop bas ou trop haut) pour pouvoir soulager les lombaires,les reins ,les pauvres épaules et le cou.
Cela a nécessité de nombreux arrêts pour relâcher la pression et réajuster.
Sans ce système de portage,je serais aller beaucoup plus vite mais le vélo n’était pas équipé pour la pose de sacoches. Faisons donc avec les moyens du bord.
Moral : « …Cette affaire a été réglée le 07 Septembre 1994 à 16h23 »
Bon. Je suis sans inquiétude particulière pour la suite malgré une météo mauvaise annoncée pour les prochains jours. On se demande ou parfois aller chercher un tel optimisme…
Un vieux rêve s’est réalisé ou plutôt un petit défi :
Mettre Clermont Ferrand à 2 jours de la Seine-et-Marne.
Cette idée me trottait dans la tête depuis un certain temps.
Je me rappellerais lors de mes entraînements dans le Gâtinais,entre Malesherbes et Puiseaux,des panneaux rencontrés au hasard sur des petites routes :
« Clermont-Ferrand 300 Km »,un peu par ci un peu par là.
À la voir parfois si proche,parfois un peu loin, obligé de faire demi-tour pour rentrer chez soi sans y consacrer du temps une bonne fois pour toute, j’avais la nette impression d’être un peu nargué ou de devoir trop patienté….
Mais cette affaire a été réglée une bonne fois le 07 Septembre 1994 à 16h23.
Performance : 24/25 Km/h dans les reliefs.
En plaine,seulement 25 Km/h sur les 40/50 derniers Km à cause du vent et quelques cotes sûrement trop pentues.
Sur les 10 derniers Km mon compteur s’accroche à un bon 37 Km/h en continu.
Relief- Paysage : « Une vue emblématique pour celle ou celui qui aime les grands espaces »
Le relief, rive gauche de l’Allier,de même que le paysage,rappelle le Morvan et la région entre Clermont et Limoges (souvenir d’une étape d’un Tour de France).
Une succession de cotes et de descentes plutôt légères dessinent une région extrêmement vallonnée marquée par des bosquets et des champs.
Sur la rive droite puis vers Clermont, on se laisse défiler vers un paysage plutôt classique composé de grandes zones champêtres et en friches,ne représentant en fait que peu d’intérêts.
L’arrivée vers Clermont après avoir totalisé un long kilométrage est ardu :
Des successions interminables de petits reliefs,un mélange de cotes et de descentes sur les 20 derniers Km. La même approche en fait que par le Sud malgré l’existence au Nord d’une grande plaine.
L’intérêt réside dans la vue sur l’horizon portée sur les premiers contreforts du Massif.
Une vue emblématique pour celle ou celui qui aime les grands espaces.
Cette sensation représentait pour moi une sorte d’appel, l’impression visuelle s’y prêtait sous une forme étrange et dramatique : le relief se dessinait entre un ciel sombre et des jets de lumière orangée et jaune traversant les nuages.
Curiosité : « parmi les plus beaux villages de France »
La fameuse rive gauche de l’Allier révèle des fermes pittoresques,de larges battisses à l’allure de petites forteresses ou châteaux, éparpillées sur l’ensemble du parcours et qui se dévoileront,à qui saura y prêter attention,au détour d’un petit vallon ou d’une zone forestière.
Suivre l’Allier nous mène aussi vers Cuffy,Mornay Sur Allier,Le Veurdre,Aubigny et Apremont-Sur-Allier réputé pour figurer parmi les plus beaux villages de France.
On les découvrira sur plusieurs Km le long des canaux.
Entre Nevers et Clermont, l’activité se regroupe uniquement vers les villes qui se comptent sur le bout des doigts. Telle en tout cas fut mon impression.
À l’Est et notamment à L’Ouest,il s’agit d’une France campagnarde ou l’on oublie l’existence des villes : les hameaux vivent de l’agriculture et du commerce local.
( 1 ou 2 magasins regroupant l’ensemble des besoins) et ne sont composés à mon avis que de familles déjà établies : agriculteurs,artisans,retraités.
Je pense que les jeunes dont les parents s’y sont installés sont internes en semaine et ne viennent que le week-end, d’ou à mon sens l’éclatement familial en zone rurale.
L'hôtel où j’ai logé porte un nom prédestiné : « Hôtel de la petite vitesse »
Comme partout ou je me rendais, l’accueil est chaque fois sympathique.
Certains diront qu’on soigne sa clientèle mais je pense que les gens ne sont pas indifférents à cette façon de voyager.
Par contre j’ai mal dormi car la pluie incessante frappait un toit en tôle situé sous ma fenêtre. On aurait dit que des billes en plomb y étaient lâchées toute la nuit.
Mon repas : je me suis rendu dans une pizzeria. Très diététique après un bel effort !
Salade campagnarde,pizza et pêche melba.
Remarque : il me semble avoir reconnu entre Cours Les Barres et Cuffy sur la D45.
l’écluse d’un canal traversé par un pont en bois, doté de 2 baraquements et d’un port d’attache rectangulaire, que j’aurais pu traverser à cheval en 1984 ou 1985 lors d’une randonnée d’un week-end.
La troisième et quatrième journée,avant-dernière étape vers Marseille,nous conduirons vers les Gorges de l’Ardèche et Vallon-Pont-d’Arc.
Vous pourrez lire la suite dans quelques jours en attendant vos commentaires et impressions.


