LE DERNIER COL

VOYAGE A VELO

03 novembre 2006

4ième étape : Le Puy en Velay – Vallon Pont d’Arc.148 Km. Vendredi 09 Septembre 1994

4ième étape : Le Puy en Velay – Vallon Pont d’Arc.148 Km. Vendredi 09 Septembre 1994

La deuxième journée dans le Massif se finit dans l’Ardèche dans des décors de rêve.
Sauf entre Aubenas et Villeneuve-de-Berg, toute la progression est effectuée dans des paysages pittoresques et sauvages, l’esprit de l’étape se voulant de retrouver la définition de ce que l’on appelle les grands espaces.
De plus un point d’honneur est mis au Mont Mézenc dont l’ascension était recherchée depuis 1992, année de mon Tour de France en solitaire.

Départ 07h40 Arrivée 15h11

Météo : « Vers 12h00 c’est un ciel dégagé qui ouvre ma route vers le Sud »

Couvert dans la matinée, beau dans l’après-midi, tel aurait pu-t-on résumer cette journée.
Jusqu’à 09h30, le ciel est dégagé au-dessus et au sud du Puy sur un rayon de 15 Km.
Lors de la seconde moitié de la matinée, le ciel se charge d’une brume matinale puis d’un plafond nuageux très bas sur les hauts-reliefs.
Le massif du Mézenc vers lequel je me dirige est couvert de nuages gris.
Ces blocs compacts comme une banquise sont posés immobiles au-dessus des crêtes.
Dans ce calme matinal, sur ses routes et ses plateaux silencieux désertés par la fraîcheur, ils semblent comme profiter des derniers instants d’une longue et grâce matinée avant de se réveiller.
Leur présence durant toute la nuit apporte un air humide ce qui provoque une sensation de froid désagréable et très accentuée dans les descentes. De plus le vent venant du sud se met aussi de la partie,
Ces conditions m’obligent à porter un coupe-vent et des gants, vêtements que je ne portais pas 2 ans plus tôt lors de mon Tour de France.
Ces « légers » déboires de l’époque ont profité à mon expérience et cette négligence a disparu.

Vers 12h00 et dans l’après-midi, c’est un ciel dégagé qui ouvre ma route vers le Sud.
Le plafond bas et grisâtre fait place à de légers bouquets de nuages blancs.
Un ciel bleu sans fin défile jusqu’à l’horizon. Je profite donc d’un arrêt pour troquer survêtement,
coupe-vent et gants contre un t-shirt et un cuissard court.

En l’espace de quelques kilomètres seulement, l’arrivée dans l’Ardèche se marque
d’un temps sec et très chaud. Le changement de météo est radical. Ce changement brutal est une caractéristique très claire : on vérifie en effet sur le terrain l’influence que l’on dit souvent attribuer à la Loire et à son environnement.


Physique : « Les efforts me rendent la grâce des points de vue »

Comme les jours précédents je me sens bien.
Je ne ressens ni courbature et ni douleur. Le sac à dos ne me gêne pas non plus dans les ascensions malgré des mouvements en danseuse et des cotes assez longues.
Cependant je suis un peu éprouvé jusqu’au Gerbier-de-Jonc par une longue ascension, la première de la journée. Elle était située sûrement trop tôt dans le programme pour un long
plat qui la précédait et sur lequel j’ai dû rouler un peu trop vite…
C’est après le passage du Gerbier que je peux me faire plaisir dans de meilleures conditions.
Il est vrai que je n’ai pas fait d’effort la veille : cet avantage me permet une bonne récupération.
L’aptitude physique donne un confort certain et rend beaucoup plus de plaisir à ce que l’on entreprend.
Les efforts me rendent la grâce des points de vue.


Performance :
Tous les endroits ont été atteints dans les délais fixés et là se trouve l’essentiel.
Dans les reliefs, j’accuse entre 15 et 22 Km/h sur 25 Km avant le Mt Mézenc et le Gerbier.
Dans les descentes, la vitesse est variable : entre 35 et 55 Km/h selon le revêtement et
le tracé des routes.


Relief- Paysage :

« Un vertige panoramique qui laisse rêveur »

« Sensations garanties » sont les mots qui me viennent à l’esprit avant d’écrire.
Du début à la fin ma route m’emmène dans des décors sauvages et des espaces grandioses
à travers le Velay, les Monts du Vivarais et les Monts d’Ardèche.
Du Puy à Lantriac, on trouve un plat très long et quelques faux plats.
Vers la fin sur 6Km je m’accroche à une cote assez dure.
De Lantriac au Mézenc, une autre cote, plus longue et plus rude, impose un rythme plus faible.

Mais la route ne déçoit pas malgré l’effort imposé : entre Laussonne et Les Estables,
on découvre enfin cette beauté sauvage et préservée des paysages d’Auvergne.
Les grandes landes du plateau, cette floraison de sucs et de collines, les monts d’Alambre, le rocher Tourte et du Bachat qui ne sont autres que des volcans éteints.
Sur la droite, la vue porte vers la petite barrière des monts du Devès et au nord derrière soi ceux lointains du Livradois-Forrez posés sur la ligne d’horizon.

Perché à 1343 m au pied du Mézenc le village Les Estables est le plus haut du Massif Central. Un des plus humbles aussi et des plus pittoresques malgré sa station de ski :
Des maisons en blocs de basalte,des murs d’1m50 d’épaisseur, des lauzes empilées sur le toit.

Je laisse les deux sommets du Mont Mézenc sur ma gauche.On y accède à pied en 25 minutes mais pour ne pas laisser mon matériel sans surveillance, je décide de ne pas m’y rendre.
Et pourtant ! Le panorama est un des plus beaux du Massif Central sinon le plus saisissant :
Au nord, le massif du Meygal et les monts du Forez au-delà de la Loire, à l’ouest la Margeride, les volcans des Dômes, des Dore et du Cantal, au sud les Cévennes, la table du mont Lozère et le mont Ventoux, puis à l’est loin de 225 Km les Alpes.
Un vertige panoramique qui laisse rêveur.
Plus proche, le relief se dessine sur des vallées encaissées, des sucs et des falaises.

C’est sur la route du Gerbier-de-Jonc, source de la Loire, que je retrouve satisfaction.
Une courte pause s’impose à une table panoramique car dans toute son étendue, de Chamonix à Briançon, c’est toute la chaîne des Alpes qui s’ouvrent d’un coup à mes yeux.
On peut distinguer Les Ecrins, des sommets comme la Meije que l’on tient du bout des doigts.
Une vue impressionnante.
Enfin une belle récompense.

Je me rends compte que cette vue permet de distinguer la météo sur le massif alpin et sur les vallées du Rhône en fonction du plafond nuageux et de la lumière du soleil.
Une observation utile pour qui veut un jour relier l’Auvergne aux Alpes en l’espace d’une journée.

Je quitte l’Auvergne par les monts d’Ardèche.
Une route terrible qui sera 17 Km de descente à travers les gorges de la Volane.
On ne trouve rien de mieux pour enfin se reposer et récupérer mais la mauvaise qualité du revêtement et le tracé très tortueux m’empêche de profiter pleinement du site.
Je m’oblige en effet à faire attention et à réduire parfois ma vitesse.
Malgré tout j’évolue dans un décor de falaises abruptes, de gorges étroites et plongeantes,
de rochers suspendues, des hameaux isolés, d’autres perdus dans le creux des falaises ou leur sommet comme Le Crouset, Pinchenole, Laviolle et Antraigues.
Le paysage se libère devant moi sur les hauteurs d’Aubenas.
D’un coup d’œil, j’embrasse tout le panorama du plateau de Coiron jusqu’à celui des gorges de l’Ardèche au sud de Villeneuve-de Berg.

C’est justement après Villeneuve-de-Berg que je rejoins Vallon-Pont-d’Arc.
Une petite route sur la carte, un itinéraire isolé dégagé des grands axes: les gorges de l’Ibie.
Le paysage est certes différent de celui du Massif Central mais l’impression demeure :
Une nature préservée et brute de maquis et de pins, une végétation sèche, des falaises et collines, des torrents asséchés, un isolement total de bout du Monde dans des hameaux aux noms inconnus tel Vaudanoux, St Maurice d’Ibie ou encore Les Salelles.

Du Puy jusqu’à Vallon, le changement est évident dans le relief et le climat.
D’une région à une autre pourtant distante d’un seul relief, les monts d’Ardèche, et en définitif pas si lointaine, le contraste se ressent aussi dans l’architecture et l’aménagement des villages.

Je mets à mon actif les 2 premiers cols de cet aller et retour vers Marseille :
le col de la Clède (1385) et de Mézilhac (1130)

Curiosité :

L’ensemble du parcours est à lui seul une curiosité.
Celui ou celle qui aime les grands espaces, ceux d’une nature brute, en sera servie.
Je dois dire qu’il s’agit d’une des meilleures étapes parcourues à ce jour depuis le début de ma pratique cycliste.

Vallon-Pont-d’Arc ne m’a pas surpris et mon impression après l’avoir traversée la première fois en 1990 s’est révélée être exacte : Ce village ardéchois sûrement paisible et charmeur autrefois est malheureusement miné par le tourisme de masse.

Mon hôtel s’appelle l’hôtel du parc.
Ma chambre est au calme ce qui est un avantage nécessaire pour un bon repos.
Mais l’hôtel est un peu radin sur le petit-déjeuner. D’ailleurs tous mes petits-déjeuners allaient être ce que l’on trouve de plus classique dans un hôtel. Je ne prenais aucun complément.
L’accueil était tout de même sympathique car j’étais à vélo.
Dans la journée, je me suis contentée sur l’ensemble du parcours de 2 bananes dont une consommée avant le Gerbier et de 2 barres chocolatées.
Mon repas du soir n’a pas dérogé à la règle : malgré les efforts physiques, malgré les conseils
des diététiciens et scientifiques du sport, je me réserve le droit d’ingurgiter encore une fois
une pizza, une salade et une petite glace.

Posté par torgal à 20:40 - CESSON-MARSEILLE-CESSON - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=200906&pid=3074475

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :